A la montagne, ça passe ou ça casse
Dimanche 12 juin 2005. Départ pour Saint-Chaffrey pour une
semaine d’entraînement à l’Ardéchoise. Disons plutôt que ce sont les hasards du
calendrier. Pour les ignorants, Saint-Chaffrey se situe à environ 5 km de Briançon sur la route
du col du Lautaret. Le soir de l’arrivée au chalet, Jean-Marc piaffe
d’impatience. Alors, on recule le dîner d’une heure et on se paye un
aller-retour de 45 km
au col du Lautaret. Je suis très en forme et reste dans la roue de Jean-Marc
jusqu’au sommet.
Nous sommes huit le lundi (Jean-Marc, J-P, Joseph, Alain,
Bernard, Christian, Jacques et Jean cités dans le plus complet désordre -
essayez de deviner les noms de famille, ça vous occupera) à nous offrir une
belle petite ballade en Italie par Montgenèvre et retour par le Colle della
Scala. En France, il fait beau, mais nous nous faisons copieusement arroser
sur le versant italien. Jean-Luc et Jocelyne nous rejoignent le soir au chalet.
Le mardi, changement de décor. Il a plu toute la nuit et
il pleut encore, et pas qu’un peu. Ils ne sont que deux « fous »
( ?) – Jean-Luc et Jean – à enfourcher leur monture. Par de jolies routes
qui évitent la nationale, ils rejoignent les Vigneaux puis remontent la vallée
de Vallouise jusqu’à son terminus bucoliquement baptisé le Pré de Mme Carle.
Route pourrie avant Ailefroide et côte à 14% pour finir. On est trempés comme
des soupes et on prend un café pour tenter de se réchauffer. Ce n’est pas très
efficace. Dans la descente, Jean-Luc crève mais deux miracles se produisent
simultanément. Un rayon de soleil chasse la pluie et un Allemand avec une grosse
Pumpe s’arrête spontanément. Il pousse même la complaisance jusqu’à pomper
avec nous. C’est l’Europe des Shadocks !
Le mercredi, le soleil est revenu et le groupe s’attaque à
une superbe ballade de 108 km
qui l’emmène à Guillestre par la petite route de la veille puis par une autre
route en balcon (qui dit balcon, dit qu’il faut monter et je suis sûr que
Joseph s’en souviendra) et on remonte à Briançon par le mythique col de
l’Izoard. Là, c’est du chacun pour soi. Une légende du Briançonnais dit qu’il
existe dans la région une belle fée nommée Jennifer qui ensorcelle les
cyclistes au point qu’ils n’éprouvent plus aucune difficulté à pédaler dans la
côte qui grimpe pourtant à plus de 10% par endroits. Je doute que ce soit vrai
mais il paraît qu’il y aurait des preuves !
« Serait-ce Jennifer ?
Jeudi, pause vélo et randonnée à
pied au col du Granon avec J-P et Christian pour admirer le panorama et les
marmottes. Une autre légende dit qu’on y rencontre désormais une marmotte
portant des lunettes de vue ! Si vous la voyez, piquez-lui les lunettes et
rendez-les moi. L’après-midi, découverte avec Jean-Luc, Jocelyne et Odile (une
nouvelle légende ?) du jardin botanique du col du Lautaret qui nous fait
découvrir les fleurs du monde entier qui se plaisent à 2058 m.
Vendredi, déplacement pour une
partie du groupe de Saint-Chaffrey à Tournon en admirant au passage le superbe
panorama à la table d’orientation du col du Galibier (pour ceux qui aiment les
chiffres, le col est à 2646 m
et la table à 2704) et vue imprenable sur le glacier de la Meije à partir de
l’oratoire de Chazelet. Après les indispensables repérages de l’Ardéchoise,
près d’une trentaine de CTRiens, CTRiennes et Affiliées par la dure loi du
mariage, se retrouvent pour le dîner à l’hôtel des Amandiers à Tournon.
Samedi 18 juin. Petit-déjeuner à
5h00 ! Vroum vers le parking situé à 6 km du départ, donc un supplément de 6 km de vélo et placement dans
le couloir 301 à 3000 pour la majorité d’entre nous. Départ donné à 7h30 et
passage de la ligne à 7h50 en ce qui me concerne. Prudence dans la montée et la
descente du premier col car il faut s’économiser et il y a trop de monde. Par
contre, je m’éclate dans la descente du deuxième col et je retrouve Jean-Luc à
un petit ravito. Dans la montée du col de Mézilhac, on se retrouve même à
trois, un surprenant Jean-Luc, un Jacques qui semble souffrir et moi qui continue à m’économiser. Vas-y
Jean-Luc, je n’essaie pas de te suivre. Au ravito, quelques étirements et
miam-miam le yaourt à la crème de marrons.
Je m’envole alors vers le mont
Gerbier de Jonc (désolé, jacques de t’abandonner) et je bifurque crânement sur
le circuit des Sucs (223 km
et 4100 m
de dénivelé). Excellent choix que nous ne serons que deux à faire (Christian et
moi) car c’est incontestablement le plus beau parcours avec une longue et
magnifique portion en balcon entre 1200 et 1400 m. La fée du coin
s’appelle Chantal et Christian lui tend les bras au ravito du km 109 (en fait,
c’est à moi qu’il tendait les bras car j’étais évidemment dans la roue de la
fée). Ma moyenne flirte alors avec les 24 km/h et tout va merveilleusement bien (merci
Saint-Chaffrey).
Je m’envole une fois de plus
dans la longue descente et Christian, puis Chantal, me laissent sur place dans
la montée du col de l’Ardéchoise, dernier col propre au circuit des Sucs. C’est
là, à 1,5 km
du sommet, que le « drame » se produit : un craquement sinistre,
la roue arrière qui se bloque et mon dérailleur qui traîne par terre au bout de
sa gaine. Casse brutale de la patte de fixation du dérailleur, sur un vélo qui
a à peine trois mois ! Que faire sur un circuit où il ne passe presque
personne ? J’ai parcouru 136
km et il est environ 14h00. Je demande à des indigènes
attablés sur leur terrasse (je suis à côté du hameau d’Echamps) de me descendre
dans la vallée, mais ils disent ne pas avoir le droit d’emprunter cette route
aujourd’hui. Je consulte le papier qu’on nous a remis et qui dit d’appeler la Gendarmerie. Par
miracle, le portable passe (ce ne sera plus le cas 500 m plus loin) et je les
appelle. Certes, ils prennent mon appel mais, une demi-heure plus tard, je suis
toujours aussi seul et abandonné. Survient une camionnette d’assistance d’un
groupe qui fait le circuit marathon (268 km). Ils me descendent avec mon engin à
Arcens. Là, l’assistance technique avoue son impuissance à réparer la casse. Il ne me reste
plus qu’à attendre une voiture balai. Un car balai survient assez rapidement,
déjà bien chargé, mais il mettra longtemps à rejoindre Saint-Félicien où je
n’arriverai que vers 18h00. Par miracle, je croise Christian que je n’avais pas
pu joindre sur son portable. Il me faudra encore marcher environ 3 km avec ma monture blessée
pour rejoindre un parking auquel la maréchaussée laissera l’accès à la voiture
de Christian. Avec les embouteillages de Tournon en prime, ce n’est qu’à 20h30
que nous rejoindrons à l’hôtel un groupe passablement inquiet. Heureusement,
comme dans les albums d’Astérix, tout finit bien autour d’un bon repas arrosé
de Saint-Joseph dans le restaurant Le Chaudron situé au cœur de Tournon.
Finalement, j’ai eu beaucoup de
chance. J’ai évité 87 km
et trois cols dans l’enfer d’un après-midi caniculaire grâce à un abandon
« technique » tout à fait respectable. La voiture balai sans la
honte ! Une belle expérience, en somme ! Peut-être encore l’œuvre
d’une fée qui, cette fois, ne s’est pas fait connaître !
Jean Cordonnier