Les pavés de la renommée
Nous sommes le dimanche 13 juin à Rambouillet, il est 3 h 30’ du matin. Un véhicule quitte la ville pour prendre la Nationale avec à son bord cinq individus qui ont dans la tête un drôle de rêve : faire la classique des classiques, « Paris – Roubaix (PR) ». Ces hommes encore endormis ont dans le regard une flamme qui traduit une fièvre très particulière, celle que l’on appelle « l’enfer du Nord ». Qui sont-ils ? Nous avons un maître dans l’art de la conduite, celui qui va assister, ramener les guerriers du jour, son nom, il le signe de la pointe de son tire bouchon, d’un R, qui veut dire René (PÉGOURIÉ). Il accompagne le senior de la bande qui a déjà à son actif 3 éditions dont la dernière date d’il y a un peu plus de vingt ans, celui qui cache sa crinière blanche comme la rosée sous un bandana, tel un corsaire se préparant à l’abordage, le sieur Bernard GORGET, près de lui nous retrouvons le CTRien aux mains d’acier, l’équilibriste, celui qui parle fort car il est un peu sourd, celui qui déshabille les roues d’un seul regard en un quart de seconde, notre Géo Trouvetou, Jean-Philippe IOB. Sur la banquette arrière un colosse par la taille et par les exploits, celui qui aime Paris – Brest, pas le gâteau mais la folle randonnée des cyclotouristes d’un autre monde, je veux parler de Dominique GLAIS. Moi, votre narrateur, j’espère vivre une belle aventure mais me demande ce que je venu faire dans cette galère. De plus je pense au message de Serge qui me disait quelques jours plutôt : le 11 juin, ce jour, pluies toute la journée dans le nord. Vent de nord soufflant en rafales par intermittence. Trouée d'Arenberg boueuse. Attention ! Bonne randonnée et bon courage je pense qu'il en faudra !!!!! Serge Ducant . PS: Infos de mes beaux-parents qui habitent à 10 km de Wallers-Arenberg.
Accrochés au véhicule nous trouvons des vélos pas très jeunes, qui ont grossi du cintre, qui ont des pneus plus importants et qui ne sont pas des plus allégés mais plutôt bien portants, tout le contraire de ceux du dimanche matin.
Dans la nuit, le véhicule contourne Paris, pour prendre l’autoroute du Nord en direction de Saint-Quentin, plus exactement de Bohain-en-Vermandois. Au fur et à mesure que nous avançons la nuit se déchire pour laisser la place au jour. Nous sommes inquiets car des gros nuages ponctuent le ciel. Les températures ne sont pas très élevées. En arrivant près du départ, on constate l’effervescence des grands jours pour le cycliste, avec des véhicules dans toutes les directions qui cherchent des places, des hommes en jaune réglant la circulation et informant les adeptes de la petite reine. Nous nous garons. Pendant que les vélos sont déchargés, je vais au point de départ pour obtenir nos plaques de cadre. Je retrouve l’amoureux du challenge, d’ailleurs certain se demande si ce n’est pas devenu pour lui une obsession ! En quelques années, il est passé de sorties de 50 km à des sorties de 640 km. Il me confiait il y a quelques temps que cette randonnée lui faisait peur et qu’il préférait des sorties comme « l’Etape du Tour » bien que plus longue et comportant plus de dénivelés que celle que nous allons affronter : je veux parler de Jean CORDONNIER. Près de lui, notre poids mouche, notre monsieur 10 000 volts, l’aigle des CTRiens, le chasseur des classiques, celui qui ne peut pas faire une sortie de moins de 150 km car il considère qu’il n’a pas eu le temps de s’échauffer, celui qui nous fait espérer d’être en aussi bonne santé que lui quand on arrivera à son âge (car au mois d’octobre il fêtera ses 70 printemps) : Christian JOLLY. Ils sont accompagnés par l’un de mes accompagnateurs du Bordeaux – Paris 2000, André THEBAULT. Toujours en forme, ces yeux brillent de plaisir d’être parmi nous, cela me fait plaisir de le voir et me rappelle de bons souvenirs. C’est de bon augure, car ayant fait très peu de kilomètres, je suis inquiet pour ma résistance sur la distance et sur ce parcours particulier. Dans le gymnase qui nous reçoit on parle Flamand, Hollandais, Italien et aussi Français. Une fois les sésames récupérés, je retrouve mes compagnons qui ont déjà préparé les vélos. Nous devons installer nos plaques de cadre et à nous l’aventure du Paris – Roubaix. Avant de partir je m’inquiète des deux gringos du CTR qui sont partis de Cambronne-les-Ribecourt, près de Compiègne, 70 km avant notre lieu de départ. Le premier, vous avez pu faire sa connaissance dans le pignon de juin, il est un des phénomènes amoureux des classiques cyclistes, il peut faire des centaines de kilomètres pour participer à une grande classique, notre CTRien Patrick Jouves qui était accompagné d’un autre énergumène de la pédale, un petit fils de Bernard Hinault car comme lui breton et dur au mal, aimant les aventures vélocipédiques mais détestant le grand soleil, surnommé « JP » pour Jean-Pierre Barranger. Ils sont accompagnés par Jean-Jacques Bréant, son épouse et la femme de Patrick. Ils se sont levés à 1h 00’ du matin pour prendre JP vers 2h 00’ à Rambouillet, car tout ce petit monde habite Gallardon !
J’ai JP au téléphone qui m’indique qu’ils sont partis vers 4h 15’ et qu’ils ont roulé plus d’une trentaine de kilomètre tous les deux car le gros de la troupe était parti à 4 h 00’ pile. Ils ont enfin trouvé un groupe, des Flamants et qui roulaient assez fort. Nous partons à 6 h 30’ de Bohain, et nos deux compères se trouvent à une bonne dizaine de kilomètres de nous. Les conditions climatiques ne sont pas très encourageantes. Température assez basse, toujours des nuages noir et menaçants. Nous laissons la ville derrière nous et nous faisons un premier arrêt. Et oui, les envies pipi se manifestent. Nous reprenons la route. Je cherche les flèches qui indiquent la direction. Je pense qu’elles sont accrochées sur des piquets de façon à pouvoir les retirer une fois la randonnée terminée comme le demande la FFCT, car les organisateurs, le vélo club de Roubaix cyclotourisme, appartient à cette fédération, mais, pas du tout, Dominique m’indique que les flèches sont peintes sur la route avec le logo PR. Je suis rassuré car je me demandais si nous étions vraiment sur le bon chemin. Deuxième constatation, les descriptions de notre vétéran du PR, au sujet de la platitude de la route sont totalement erronées. Nous sommes surpris par le relief qui bien que très loin d’un relief de haute montagne, nous présente de long faux plat, des petites bosses un peu comme celles entre Coulomb et Bourdonné. Notre compagnon Bernard se fait un peu charrier. Il évoque comme excuse, que cela fait 20 ans qu’il n’a pas fait le PR et qu’il était plus jeune, qu’il pédalait plus fort et que vraiment il ne se souvenait pas de ces difficultés. Nous parcourons une quinzaine de kilomètre quand la flèche peinte sur la route et un membre de l’organisation nous indiquent de partir sur la gauche pour entamer le 24ème secteur pavé, long de 2 200 mètres car comme pour les professionnels, nos secteurs iront en décroissant. Nous entrons à bonne allure, assez surpris de trouver un pavement assez régulier. Il faut apprendre à maîtriser les tressautements mais nous sommes assez heureux de trouver un chemin très carrossable. Nous sortons pour quelques mètres de bitume, assez euphoriques, en nous disant : « si c’est ça, cela devrait aller ! » Passage au 23ème secteur pavé, longueur 1 800 mètres. A la sortie, Bernard nous demande nos impressions, plutôt bonnes mais le 23ème n’était pas aussi agréable que le 24ème. On sent que deux d’entre nous ont apprivoisé les pavés, je les qualifierais de voltigeurs, leur poids, leur force de pédalage les font survoler les pavés, je veux parler de Dominique et de Jean-Philippe. Mais à peine fait-on un kilomètre de bitume qu’arrive le secteur 22 de 3 700 m de long puis après avoir traversé une route, on passe directement au secteur 21 pour 1 500 m. Là, les vieux renard comme Bernard commencent par chercher le moindre morceau plat, en passant sur les bords, roulant sur l’herbe, car les pavés ne sont plus du tout réguliers. On commence à comprendre ce que veut dire l’enfer du Nord. Vous devez rester toujours en prise car sinon votre roue arrière saute dans tous les sens. Il faut serrer fortement le cintre afin de conserver une ligne de direction. L’enchaînement des deux secteurs fait mal. Pourtant on vient de commencer, on n’a fait que quatre secteurs pavés et il en reste 20 !
Oh, bonheur, nous arrivons au premier ravitaillement avec une trentaine de kilomètres au compteur. Nous contournons un bâtiment et nous débouchons dans une cour d’école (je pense) où des tables sont dressées. Sur celles-ci nous trouvons des fruits, des gâteaux et une drôle de galette que notre gourmand du jour, Bernard, goûte. C’est une spécialité du nord, deux galettes qui ressemble dans le dessin à une gaufre avec entre les deux une crème praliné. Bernard aime tellement ça qu’il nous fait la réclame pour que nous goûtions. Bien ma foi tant pis pour les kilos, comme c’est succulent j’en prends plusieurs. Les personnes de l’organisation sont charmantes, tout au long de cette sortie nous allons trouver des êtres qui illustrent bien la réputation des gens du nord, des chtimis, ouverts, gentils, prêts à nous aider. Un seul regret, nous n’avons pas de café pour tremper ces délicieux gâteaux. Bon, il faut repartir, un bon 150 km à parcourir. Le contrôle suivant se trouve à Raismes. A nouveau une bonne trentaine de kilomètre nous séparent. A nouveau 4 secteurs pavés. Le premier 900m, le suivant 1200 m, le troisième 1600 m et le dernier 2500m. A part les voltigeurs CTRien du Nord, on serre le cintre, un peu les fesses, on reste bien calé, car ce parcours n’est pas pour les danseuses, et on avance tant bien que mal. C’est dans un de ces secteurs que notre casque blanc a une fuite de la roue arrière (la seule crevaison pour l’ensemble du groupe). Cela nous permet d’immortaliser ce moment avec notre Jean-Philippe toujours à l’œuvre pour les réparations. Après chaque secteur nous recomposons le groupe. Nous traversons des villages avec les fameuses maisons du Nord en brique rouge, de toute beauté. Les constructions modernes utilisent comme matériaux la brique, mais aussi le bois pour les fenêtres, la porte et cela donne de très jolies maisons. Les jardins sont bien entretenus. De temps en temps nous passons devant des fermes d’un autre âge avec les bonnes odeurs qui les entourent et cela nous permet de conserver une mémoire olfactive de cette randonnée.
Voilà nous arrivons à Raismes après 68 km parcourus. Nous entrons dans un parc qui abrite une très grande demeure, que nous pouvons appeler : « le château en brique rouge ». Notre compagnon Jean a des ampoules aux deux mains. Il cherche une aiguille pour les percer. Seul pique pour tenter cette opération, un tire-bouchon ! qu’à cela ne tienne, Jean perce. Ensuite il faut trouver des pansements. Seul pansement proposé par les organisateurs, du ruban adhésif que l’on utilise pour protéger des fils électriques ! Bonjour la galère car il reste 16 secteurs pavés ! A ce contrôle nous trouvons ceux qui se sont inscrits sur le Final (soit 120 Km et 26 km de pavés). Voilà ce qu’il nous reste à faire. Nous en profitons pour nous restaurer. Je prends des nouvelles de JP et de Patrick. Ils ne sont pas très loin de nous mais il faut repartir. Par la suite, nous apprendrons qu’ils sont arrivés à Raismes seulement 10 minutes après notre départ. Le secteur pavé suivant est la fameuse tranchée d’Arenberg (2400 m). Une certaine émotion s’empare de nous car nous avons tellement vu cette image à la télévision, lieux mythique de cette classique, où généralement les cyclistes professionnels engagent une partie de manivelle qui fait des dégâts que nous décidons de nous arrêter. Nous immortalisons cet endroit sur la pellicule. Je ne peux m’empêcher de partir un peu devant pour enregistrer dans mon appareil photo nos valeureux CTRiens. Jean propose de me prendre en photo. Sitôt dit, sitôt fait. Il prend mon appareil fait quelques mètres et m’attend pour immortaliser cet instant. Avant de remonter sur le vélo, je ne peux m’empêcher de regarder le résultat (et oui, c’est un appareil numérique) et déception je ne vois que mon bras, ma jambe et la partie arrière du vélo. Je le dis à Jean, qui me dit qu’il pensait m’avoir bien cadré. Jean, pardonne-moi, tu avais en réalité fait trois photos et tu as très bien réussie la deuxième, je suis seul dans la tranchée avec au loin des cyclos. J’ai agrandi cette photo pour la mettre sur le mur de mon bureau à côté du Bordeaux – Paris 2000. Cela fait parler les interlocuteurs que je rencontre dans le cadre de mon travail. Revenons à cette tranchée, heureusement pour nous et pas comme pour les pros, il n’y a pas de barrière qui nous empêche de prendre un sentier qui longue cette voie. Aucun de nous n’évite cette providence sauf notre voltigeur Jean-Philippe. Cette section est très abîmée et elle fait très mal. Pour Jean cela devient de plus en plus difficile. Ces ampoules lui font très mal. Il sort de chaque secteur pavé très diminué. Nous commençons tous par sentir la fatigue du aux vibrations qui résonnent dans l’ensemble du corps. D’ailleurs, au début, quand on sort des secteurs pavés et que l’on se retrouve sur le bitume on l’a l’impression d’avoir les socquettes légères , de ne plus sentir les pédales mais les kilomètres s’allongeant cette impression disparaît. Après Arenberg, nous avons un secteur de 1000 m, puis de 3700 m et enfin deux de 2400 m pour arriver au contrôle de Beuvry-la-Forêt. Nous retrouvons nos suiveurs : Jean-Jacques, son épouse, l’épouse de Patrick, René et André. Cela nous fait chaud au cœur. En entrant dans un gymnase, on nous offre des sandwichs à la mie de pain. Enfin un lieu à l’abri du vent. Ah oui, je ne vous avait pas dit que depuis le lever du jour, il fallait lutter contre un vent froid soufflant du Nord ! Nous rejoignons nos suiveurs autour de tables entourées de chaises. On retire les casques, on dégrafe les vêtements : une ambiance torride, on discute, on mange. Dans mon fors intérieur, je me demande si je vais aller au bout car je sens la fatigue. Nous prenons notre temps, j’appelle JP pour savoir où ils sont. Il m’explique que Patrick est à pied, il a du mal, il avance à 20 Km/h. Nous décidons de repartir, j’ai un peu froid pourtant c’est le moment où le soleil commence à faire de timides apparitions. Bernard nous propose de prendre un café qu’il a dans une bouteille thermos. Avec plaisir nous prenons notre café dans la rue, devant la voiture. Comme d’habitude notre équipe est bien équipée. Comme par magie apparaissent, gobelets, sucre, petites cuillères, glacière avec boissons, bananes, casse-croûtes. Très sincèrement les organisateurs ont prévu cinq contrôles avec tout ce qu’il fallait pour nous nourrir, nous désaltérer. Un conseil, si vous souhaitez un jour tenter cette aventure (elle a lieu tous les 2 ans), vous pouvez prendre un minimum de chose du point de vue alimentaire ! Les femmes de Jean-Jacques et de Patrick nous encouragent pour les 11 derniers secteurs pavés et les 75 kilomètres qui restent à faire. Heureusement nous avons à faire 24 kilomètres pour atteindre le contrôle suivant. Deux secteurs, un de 1700 m et l’autre de 2600 m. Pour Jean cela devient de plus en plus difficile. Il se retrouve seul car il ne peut rouler comme il le voudrait à cause des vibrations qui maltraitent ses ampoules. Quand vous n’êtes pas bien sur les pavés, vous pouvez prendre des centaines de mètres en quelques minutes. Vous recherchez tous les endroits qui vous permettent d’avancer en dehors des pavés. Vous longez les bordures, vous montez sur l’herbe, vous évitez les trous, vous passez d’un côté à l’autre du chemin, JP me disait même qu’il guettait au loin les maisons qui étaient signe de la fin du secteur pavé. On est de plus en plus dans une guerre de tranchées, il faut avancer mais on essaye de se préserver au maximum car il faut aller au bout. Je pense aux cyclistes professionnels qui doivent rouler par tous temps. Et quand il pleut, ils ne peuvent pas rouler sur les bords ou alors à leur risques et périls. Je prends conscience de la dose d’entraînement, de l’oubli de la douleur, pour arriver au terme de cette classique. Il faut admettre que ce genre d’épreuve on ne peut pas l’affronter si le corps n’a pas été préparé et très durement. J’utilise volontiers le mot « guerrier » pour accomplir cette classique car il faut avoir subi un entraînement de commando pour se permettre d’être en première ligne. J’ose dire que cette épreuve est tellement dure que les meilleurs n’ont pas besoins de compléments pour éliminer les moins valeureux. Chaque année nous assistons à un vrai spectacle, une messe d’équilibriste, et d’être sur ses routes, traverser ses villages, rouler sur ses pavés, mes roues dans la trace des leur, j’apprécie la difficulté de cette course mythique. Nous arrivons à Attiches. Grâce à notre magnifique maillot, une journaliste de la « Voix du Nord », nous demande l’autorisation de nous photographier. Il est possible que la photo paraisse. Bien évidemment nous acceptons. Nous attendons nos suiveurs, car les températures sont meilleures et nous souhaitons déposer quelques vêtements. Mais personne en vue. Se sont-ils attardés au contrôle précédent ? Il faut repartir, nous avons encore 50 kilomètres à faire, avec 9 secteurs pavés ce qui représente 7 800 mètres, dont le fameux secteur du « Carrefour de l’Arbre ». A l’arrivée nous avons compris qu’ils n’ont jamais trouvé l’endroit du ravitaillement. Pour ma part, j’essaye de passer de plus en plus sur les bas côtés. Je zigzague d’un bord à l’autre pour rechercher les endroits où le pavé à la dent plus tendre ! Nous avons un contrôle surprise un peu avant le secteur du « Carrefour de l’Arbre ». Cela fait du bien, on mange un peu mais on ne s’attarde pas trop car nous sommes près du but et comme pour le dimanche matin cela sent bon l’écurie. Mais juste avant d’attaquer le secteur du Carrefour une crampe à la cuisse gauche m’oblige à m’arrêter, à laisser partir les copains. Je pose le vélo et je commence à marcher en répondant au téléphone à un copain du CTR, Xavier Beaurin, qui souhaitait savoir où on en était et connaître nos premières impressions. Lui parler, en marchant m’ôte la crampe. Je reprends le vélo, et entre dans ce fameux secteur. Au fur et à mesure que j’avance, je vois s’agrandir le fameux café (qui est ouvert pour l’occasion). La bâtisse est magnifique et imposante. Des accompagnateurs sont massés sur la fin du parcours. Ils nous applaudissent, nous crient des encouragements. J’oublie mes difficultés, je me prends pour un Museeuw, un Tafi, je sors du secteur plutôt euphorique. J’accélère sur le bitume et heureusement comme pour tous les secteurs pavés, un membre de l’organisation est là pour signaler le secteur et me voyant, m’interpelle pour me signaler qu’il faut tourner à droite pour prendre le secteur de Gruson. Par la suite JP, m’a raconté que c’est à cet endroit que Bernard Hinault en 1981 avait chuté. La seule et unique fois où il fait Paris – Roubaix et qu’il s’est permis de gagner. Je sors de Gruson et les copains m’attendent. Je suis content de les retrouver. Je suis galvanisé par les encouragements, je sens la fin, je suis heureux, de plus l’avant dernier secteur, celui de Hem peut se négocier sur les côté avec une sorte de piste cyclable. Je peux vous dire que l’on est très heureux de profiter de cette aubaine. Nous rentrons dans Roubaix. Nous prenons le dernier secteur (espace Charles Crupelandt), protégé par la police, très beau secteur en ville juste avant d’entrer sur le fameux vélodrome de Roubaix. Quelle joie, c’est la première fois de ma vie que je roule sur un vélodrome. J’ose monter un peu dans un virage. Je suis enchanté de le faire et en même temps pas très rassuré. Je suis tellement réjoui d’y être que je demande la permission de faire un deuxième tour de piste. Les organisateurs m’offre un deuxième tour gratuit. Nous nous retrouvons tous sur la piste pour immortaliser ce Paris – Roubaix 2004. Nous allons chercher notre pavé, notre diplôme. JP et Patrick arrivent quelques minutes après nous. Ensuite on prend la direction des fameuses douches. Les douches se composent de vestiaires et de douches qui se situent au fond de la pièce. Sur chaque vestiaire, est apposé une plaque au nom d’un coureur qui a gagné au moins une fois Paris – Roubaix. Je m’installe dans celle de Tchmil, vainqueur en 1994. En entrant, on nous avait prévenu que les douches étaient froides. Elles étaient effectivement froides. Mais le lieu est tellement magique, rempli d’une chaleur affective, que nous avons oublié ce détail. Après nous avons mangé. remis les vélo sur la voiture, rangé les bagages et nous sommes repartis pour Rambouillet, fourbus, mais heureux d’avoir accompli ce parcours.
Dans la voiture, nous nous disions que c’était la première et dernière fois que nous ferons Paris – Roubaix. Mais à peine 24 heures après, tous ceux qui ont participé sont plutôt près à recommencer. Une seule condition que la pluie ne soit pas présente car très sincèrement je n’arrive pas à imaginer cette aventure dans de telles conditions.
Paris – Roubaix le 13 juin 2004
Jean-Luc
Si cela vous a donné envie de tenter cette aventure en 2006, voici un peu d’histoire sur cette classique :
Le parcours de Paris - Roubaix traverse deux régions (ou anciennes provinces) : la Picardie, puis le Nord-Pas-de-Calais et quatre départements, l'Oise, la Somme, l'Aisne et le Nord. La Picardie, aux vastes plaines fertiles parsemées d'étangs, est le pays des moulins à vent et le domaine des pêcheurs. Elle contraste avec le bassin minier du Nord où la densité de la population est la plus élevée de France après celle de Paris et de sa banlieue. Fortement industrialisé (textile, sidérurgie), le Nord-Pas-de-Calais constitue une région-pilote dynamique, y compris en matière d'environnement et le célèbre " Enfer du Nord ", indissociable de la prestigieuse classique, n'exclut pas les espaces verts. De l'Ile-de-France aux Flandres, Paris - Roubaix offre néanmoins une certaine unité de lieu. Son paysage est celui des grandes étendues où pousse le peuplier majestueux, des champs de céréales et de betteraves sucrières, des beffrois et des ducasses. Un univers chargé d'histoire. On y évoque les batailles de Bouvines, de Mons-en-Pévèle et de la grande guerre. C'est une terre de combats qui donne à la compétition cycliste une dimension exceptionnelle.
Classique plus que centenaire, créée en 1896, Paris - Roubaix a été surnommée "la Reine des Classiques" en raison de ses difficultés hors du commun, essentiellement constituées par les fameux pavés de l'Enfer du Nord, mais aussi de son originalité très spécifique et de sa fabuleuse histoire. C'est, selon Jacques Goddet, la "dernière folie du sport cycliste".
Son caractère rigoureux, sa loi impitoyable et son prodigieux impact auprès du public en font l'épreuve à la fois la plus redoutée et la plus convoitée. Banc d'essai des hommes et du matériel, elle associe l'image épique du cyclisme à l'ancienne qu'il convient de préserver et celle du cyclisme inspirateur de progrès.
Son nom est lié à des hauts lieux mémorables : Doullens, Carvin, Wattignies hier ; Valenciennes, Wallers-Arenberg, Templeuve et Cysoing aujourd'hui. Paris - Roubaix est par excellence la course des Belges : 47 places de premier en moins d'un siècle.
Deux exploits à souligner : le record des victoires pour Roger De Vlaeminck (quatre entre 1972 et 1977) et le record de la moyenne horaire, 45,129 km/h par Peter Post en 1964.
Le Palmarès
1896 Josef Fischer (Ger) 280 km 30,162
1897 Maurice Garin (Fra) 280 km 28,124
1898 Maurice Garin (Fra) 268 km 32,599
1899 Albert Champion (Fra) 268 km 31,976
1900 Emile Bouhours (Fra) 268 km 37,352
1901 Lucien Lesna (Fra) 280 km 25,861
1902 Lucien Lesna (Fra) 268 km 28,088
1903 Hippolyte Aucouturier (Fra) 268 km 29,104
1904 Hippolyte AUCOUTURIER (Fra) 268 km 32,518
1905 Louis TROUSSELIER (Fra) 268 km 33,206
1906 Henri CORNET (Fra) 270 km 27,034
1907 Georges PASSERIEU (Fra) 270 km 30,971
1908 Cyrille VAN HAUWAERT (Bel) 271 km 25,630
1909 Octave LAPIZE (Fra) 276 km 30,469
1910 Octave LAPIZE (Fra) 266 km 29,274
1911 Octave LAPIZE (Fra) 266 km 31,345
1912 Charles CRUPELANDT (Fra) 266 km 31,294
1913 François FABER (Lux) 265 km 35,333
1914 Charles CRUPELANDT (Fra) 274 km 30,332
1919 Henri PELISSIER (Fra) 280 km 22,857
1920 Paul DEMAN (Bel) 263 km 24,377
1921 Henri PELISSIER (Fra) 263 km 29,068
1922 Albert DEJONGHE (Bel) 262 km 34,690
1923 Henri Suter (Sui) 270 km 30,098
1924 Jules VAN HEVEL (Bel) 270 km 25,962
1925 Felix SELLIER (Bel) 260 km 28,031
1926 Julien DELBECQUE (Bel) 270 km 31,962
1927 Georges RONSSE (Bel) 260 km 30,449
1928 André LEDUCQ (Fra) 260 km 33,597
1929 Charles MEUNIER (Bel) 260 km 29,168
1930 Julien VERVAECKE (Bel) 255 km 31,146
1931 Gaston REBRY (Bel) 255 km 36,342
1932 Romain GIJSSELS (Bel) 255 km 37,320
1933 Sylvère MAES (Bel) 255 km 36,523
1934 Gaston REBRY (Bel) 255 km 32,415
1935 Gaston REBRY (Bel) 255 km 37,363
1936 Georges SPEICHER (Fra) 262 km 36,137
1937 Jules ROSSI (Ita) 255 km 34,935
1938 Lucien STORME (Bel) 255 km 30,936
1939 Emile MASSON (Bel) 262 km 35,934
1943 Marcel KINT (Bel) 250 km 41,822
1944 Maurice DE SIMPELAERE (Bel) 246 km 39,897
1945 Paul MAYE (Fra) 246 km 31,212
1946 Georges CLAES (Bel) 246 km 34,055
1947 Georges CLAES (Bel) 246 km 39,831
1948 Rik VAN STEENBERGEN (Bel) 246 km 43,612
1949 Ex aequo André MAHE (Fra) 244 km 39,356 et Serse COPPI (Ita)
1950 Fausto COPPI (Ita) 247 km 39,123
1951 Antonio BEVILACQUA (Ita) 247 km 40,355
1952 Rik VAN STEENBERGEN (Bel) 245 km 41,938
1953 Germain DERYCKE (Bel) 245 km 43,522
1954 Raymond IMPANIS (Bel) 246 km 35,590
1955 Jean Forestier (Fra) 249 km 40,741
1956 Louison BOBET (Fra) 252 km 41,831
1957 Fred De Bruyne (Bel) 252 km 34,738
1958 Léon VAN DAELE (Bel) 269 km 33,300
1959 Noël FORE (Bel) 262 km 42,760
1960 Pino CERAMI (Bel) 262 km 43,538
1961 Rik VAN LOOY (Bel) 263 km 41,700
1962 Rik VAN LOOY (Bel) 258 km 38,321
1963 Emile DAEMS (Bel) 266 km 37,681
1964 Peter POST (Ned) 265 km 45,129
1965 Rik VAN LOOY (Bel) 267 km 41,847
1966 Felice GIMONDI (Ita) 262 km 37,546
1967 Jan JANSSEN (Ned) 263 km 36,824
1968 Eddy MERCKX (Bel) 262 km 36,606
1969 Walter GODEFROOT (Bel) 264 km 38,939
1970 Eddy MERCKX (Bel) 266 km 41,644
1971 Roger ROSIERS (Bel) 266 km 42,108
1972 Roger DE VLAEMINCK (Bel) 272 km 36,709
1973 Eddy MERCKX (Bel) 272 km 36,370
1974 Roger DE VLAEMINCK (Bel) 274 km 37,567
1975 Roger DE VLAEMINCK (Bel) 277 km 40,406
1976 Marc DE MEYER (Bel) 279 km 40,811
1977 Roger DE VLAEMINCK (Bel) 250 km 40,464
1978 Francesco MOSER (Ita) 263 km 36,494
1979 Francesco MOSER (Ita) 259 km 41,010
1980 Francesco MOSER (Ita) 264 km 43,106
1981 Bernard HINAULT (Fra) 263 km 40,868
1982 Jan RAAS (Ned) 270 km 36,733
1983 Hennie KUIPER (Ned) 274 km 40,308
1984 Sean KELLY (Irl) 265 km 36,074
1985 Marc MADIOT (Fra) 265 km 36,109
1986 Sean KELLY (Irl) 268 km 39,374
1987 Eric VANDERAERDEN (Bel) 264 km 36,982
1988 Dirk DE MOL (Bel) 266 km 40,324
1989 Jean-Marie WAMPERS (Bel) 265 km 39,164
1990 Eddy PLANCKAERT (Bel) 265 km 34,855
1991 Marc MADIOT (Fra) 266 km 37,332
1992 Gilbert DUCLOS-LASSALLE (Fra) 267 km 41,480
1993 Gilbert DUCLOS-LASSALLE (Fra) 267 km 41,652
1994 Andreï TCHMIL (Rus) 270 km 36,160
1995 Franco BALLERINI (Ita) 266 km 41,303
1996 Johan MUSEEUW (Bel) 262 km 43,310
1997 Frédéric GUESDON (Fra) 267 km 40,280
1998: Franco Ballerini (Ita)
1999: Andrea Tafi (Ita)
2000: Johan Museeuw (Bel)
2001: Servais Knaven (Hol)
2002: Johan Museeuw (Bel)
2003: Peter Van Petegem (Bel)
2004: Magnus Backstedt 261 km 39,1
2005: Tom BOONEN
Voici quelques photos de notre périple "Paris - Roubaix 2004"