MON BORDEAUX PARIS VU DE MA MAX TRANS AM

Qu’elle mouche m’a piqué ! Je n’avais jusque là jamais dépassé 250 km, même si c’était au cours de brevets montagnards et me voilà embarqué dans une aventure de 640 km ! Avec en plus la perspective de rouler toute la nuit !

Bordeaux- Paris est une course mythique, réservée à des ‘forçats de la route’, une sorte de challenge pas commun, avec en filigrane une petite odeur d’exploit…

Et puis il y a les récits des copains qui l’ont déjà fait. Même s’ils vous le racontent pour la xième fois, ils vibrent d’un réel plaisir qui fait envie…

Bref ! Mégalomanie, goût du challenge, amour du vélo, que sais -je ? Me voilà embarqué.

Je commence à me renseigner autour de moi dans le peloton auprès de ceux qui ont déjà vécu ce type d’épreuve : que faut-il manger, que faut-il boire, comment se passe la nuit ? etc.…

Et puis très opportunément, Cyclo passion sort un article, que vous avez pu lire par la suite dans le pignon libre, bourré de conseils, il recommande en particulier un plan d’entraînement.

Je saute sur mon ordinateur et me concocte mon propre plan. Ainsi après chaque sortie je peux mesurer ma progression, l’ordinateur calcule les écarts sans états d’âme !

Bordeaux- Paris aura lieu le 24/6, je prévois 5396 km entre le 1/1 et le 20/6. J’en effectue en fait 5200.

Dans le peloton j’essaie de faire d’autres adeptes, sans grand succès. Seul jean Lecomte adhère au projet. Par la suite j’apprends que Jean marie, Christian et Claude veulent également le faire. On s’inscrit à un maximum de 200. Jean luc nous a rejoint. On organise un 330 km le 1/6. A l’arrivée de celui ci, après avoir rejoint Mainvilliers, pris le départ de la route du cidre, avalé les collines du Perche et rajouté 150 km on se retrouve Jean marie et moi côte à côte dans les Hezaittes. On est bien, on se regarde et on se dit :’il en reste encore 300 à faire’ ! Mais le moral était bon, la forme aussi. On a plutôt pris une bonne dose de confiance ce jour là : un peu moins de 28 km/h de moyenne, 1 heure 25 d’arrêt, pas mal de vent de face.

Dans 3 semaines on y sera.

Ces dernières semaines je les mets à profit pour faire toutes sortes d’achats : nourriture, boisson, pommades… Je fais 2 sorties avec le groupe 1 pour me donner un peu de rythme. Tout va bien. Ma femme en a marre, je ne pense plus qu’a ça !

Le 21/6 je fais une dernière sortie de 2 heures à rythme modéré. Et là patatras ! Je me blesse au périnée. Mauvais cuissard ? Le docteur Cérutti peut me prendre en urgence le soir même. Piqûres… mais sans garantie.

L'angoisse m’étreint. Je n’en dors pas de la nuit. Le lendemain J’appelle Jacky dès l’ouverture et lui raconte mes malheurs. Il me propose de changer les appuis en changeant de selle. Coup de poker ! Comme il dispose de mon étude posturale il règle lui-même mon vélo. Il installe une MAX TRANS AM de chez Italia.

Le lendemain vendredi 23/6 je dois prendre le premier avion pour Bordeaux où je travaille toute la journée dans une de nos filiales. Au bout d’une heure et demie d’attente à Orly on nous annonce que les pilotes sont en grève. On nous propose des billets de TGV. Après de multiples péripéties, j’arrive à trouver une place dans un wagon fumeur ! Stress quand tu nous tiens !

Bref ma journée est un peu bouleversée.

Les copains pendant ce temps là rejoignent Bordeaux en voiture. On se retrouve le soir dans un Formule 1 que Christian nous a réservé. Je ramène un carton de 20 kilos de bananes martiniquaises et un carton de très belles et grosses cerises. Elles feront le bonheur de nos chauffeurs accompagnateurs. On va dîner. Un peu tard sans doute, les deux derniers plats de pâtes nous passent sous le nez. Nouveau stress ! Nous décidons à quelques-uns, Jean luc, jean marie, jean et moi qu’il nous faut des pâtes ! On repart. On trouve. On se régale. La bonne humeur est revenue.

Puis douche. Dodo et lever à 4 heures 30, le départ étant à 6 heures.

Je n’ai toujours pas testé ma selle ! Le moment de vérité approche. 5 heures 15 départ. Impression de confort, pas de douleur à la blessure. Ca va peut être aller. Ce Jacky est un vrai sorcier !

Le petit déjeuner avalé, le contrôle des phares effectué, nous voilà alignés avec quelques 900 compères. On se cherche, on se trouve. Finalement on se retrouve en tête quasiment collé à la voiture et aux motards ouvreurs ! Erreur à ne pas commettre !

Après la période de neutralisation, une fois que les véhicules ouvreurs nous ont abandonnés, le rythme s’emballe. Au premier contrôle, au bout de 140 km , la moyenne de notre groupe est de plus de 32 km/h. Après 200 km le compteur affiche encore aux environs de 30 km/h .Et pourtant contrairement à ce qu’on nous avait dit le tracé n’est pas tout plat. Il y a un nombre de côtes ou de faux plats non négligeables et même si les pourcentages sont raisonnables on finit par se lasser un peu. Le vent est trois quarts face, mais il n’est pas très fort.

Les groupes se reforment . On décide Christian ,Jean et moi de rouler ensemble à notre rythme. Il reste 450 km et notre seul objectif est de terminer. Nous allons essayer de faire le plus de km possible avant la nuit.

Vers 20 heures 30, Patrick notre accompagnateur ,nous a organisé un repas à NOUANS-LES-FONTAINES(37). Omelette , pâtes , yaourt. Un régal. Les copains prennent un coca, moi je prends une bonne bière. Nous avons roulé environ 370 km et depuis quelques km déjà je suis malheureusement rentré dans ma phase habituelle de ‘rejet du sucré’. La bière m’a redonné l’appétit et permis de manger des pâtes. A la sortie du dîner ,la fraîcheur arrive. On se couvre et on repart. Vers 22 heures 30 la nuit tombe. Nous allons rouler environ 7 heures dans l’obscurité. A la lueur de nos phares halogènes, bénéficiant parfois des éclairages des voitures accompagnatrices, en grands pelotons, en petits groupes ou à 3, nous avançons dans la nuit ! Il n’y a pas de bruit, peu de véhicules. Jean affiche cette grande sérénité qui le caractérise. Christian a mis en route sa ‘jolie’ radio ! ! Elle nous bercera toute la nuit : histoires vécues par lui, par les autres, conseils… Tout cela sur le thème du vélo bien sûr. La nuit passe vite.

A 2 heures 15 nous sommes à la Source. On se détend, on se restaure : soupe chaude, yaourt, sandwichs… Mes 2 compères se gavent, moi je coince, rien ne passe. Je me contenterai donc d’ une banane et d’une compote de pomme. Jean aimerait bien dormir un peu. Christian et moi préférerions partir. Nous repartons. La nuit devient franchement fraîche. Nous roulons à 3 assez souvent. Les groupes se font rares. Quelques isolés se joignent parfois à nous.

Peu à peu, à l’horizon , la nuit cède devant les attaques du jour naissant. On dirait que le soleil, là bas, au loin peine à se hisser au-dessus de la terre. Mais déjà ses premières clartés nous parviennent en même temps que s’élèvent vers nous les chants d’oiseaux, comme une vague naissante qui doucement s’amplifie. La nature se réveille . Nous savourons la magie de sa renaissance. Cela me rappelle les BCMF vers 6 heures du matin quand on arrive en haut des premiers cols.

5 heures 45 nous sommes au contrôle d’AUTRY-SUR-JUINE . Il fait froid. Jean décide de dormir ½ heure et de continuer tout seul. Il est décidé et serein .Nous n’insistons pas. Christian et moi repartons pour les 110 derniers km Nous arrivons sur nos terres. On croise des cyclos venus à la rencontre d’un des leurs engagé dans la même aventure que nous. Parmi eux , certains de nos copains du club. Un petit mot ,un bout de chemin ensemble. On est bien et peut être un peu fier aussi. Les jambes sont bonnes, elles l’ont été tout au long du parcours d’ailleurs. Le soleil est au rendez-vous, il nous réchauffe. On avance ensemble. On s’est un peu mieux découvert pendant tout ce temps passé côte à côte sans chercher à faire la course. Ca forge l’amitié.

Nous escaladons les côtes de la fin du parcours bien mieux que prévu. On approche . On arrive. Ca y est c’est fait !

Compteur : 639 km. Nous sommes dimanche 10 heures 32.

                                                        Denis BARTHELEMY

Voici les résultats de l’ensemble des membres du CTR et des compagnons proches :

Je vous rappelle qu’il y avait 1605 inscrits pour 1412 arrivants.

Position

Nom

Temps
10 Philippe Deplaix 18H 58’
15 Christophe Bocquet 19H 05’
24 Jean-Marc Lugaro 19H 07’
107 André Ialenti (Coco) 22H 26’
303 Jean-Marie Masson 26H 28’
305 Jean-Luc Bernard 26H 29’
400 Denis Barthélémy 28H 32’
404 Christian Jolly 28H 33’