wpe7.jpg (2592 octets)    Bordeaux - Paris 2000        wpe8.jpg (1626 octets)

Revenons au mois de juin 2000 … plus exactement au 23 juin. 11 rue de la paix s’organisait une concentration de véhicules pour transporter plusieurs vélos et plusieurs cyclistes ! Je souhaite revenir sur cette date, car elle est l’aboutissement d’une préparation sportive importante, la conclusion de plusieurs appels téléphoniques, le terme d’une réunion préparatoire à cette merveilleuse aventure qui consiste à traverser une partie de la France, depuis Bordeaux, ville départ jusqu’aux Clayes-sous-bois, ville arrivée. Soit la bagatelle de 640 Km, car bien évidemment nous ne passons pas en ligne droite et non plus pas par l’autoroute. D’ailleurs, cela me rappelle une question du bourgmestre de Waterloo s’étonnant qu’il existât une distance de 540 Km entre Rambouillet et sa ville ! Pour lui, en voiture, il ne trouvait que 350 Km !!!

Nous devons le plaisir de ce départ au dévouement de nos accompagnateurs qui ont répondu présents pour nous conduire jusqu’à Bordeaux et pour ensuite nous assister durant le périple. Ils ont accepté de passer comme nous une nuit de vendredi à samedi très courte et de rester deux jours et une nuit sans dormir ! Je souhaite en mon nom et au nom de tous mes camarades leur dire un grand merci. Vous ne pouvez pas savoir combien il est rassurant d’être suivi par un véhicule et de pouvoir à tout moment le joindre. Il est vrai, grâce à la grande diffusion du téléphone portable.

Je nomme ici nos compagnons d’aventure  :

René Rivière : je l’admire pour son dévouement et sa faculté de répondre toujours présent pour les copains,

Jean Milési : comme René, il est toujours partant pour des aventures au long court,

André Thébault : il appartient à notre club, mais ayant des soucis au niveau de la colonne vertébrale, ne roule plus beaucoup avec nous ; à tout de suite répondu, OUI, sans me connaître

Bernard Aubry ancien compétiteur, toujours prêt pour vivre de nouvelles aventures. Il a tout de suite, répondu : « on y va »,

Patrick Cuvelier (le beau-frère de Denis Barthélémi) qui accepta de suivre Denis, en nous aidant à organiser ce départ et véhicula bagages et cyclistes.

Nous souhaitons Claude, Jean-Marie, André dit Coco, Christian, Denis, Jean et moi-même vous remercier de votre gentillesse et de votre dévouement à notre cause qui bien qu’elle ne fasse pas partie des grandes et nobles causes de l’histoire de l’humanité est pour nous cyclistes invétérés la plus grande et la plus belle cause de cette année 2000.

Parlons un peu de cette aventure qui pour la plupart des membres de notre groupe constitua une première. Jamais nous n’avions fait autant de kilomètres à la fois. Jamais nous n’avions roulé de nuit. Comment allions nous nous alimenter ? Serions-nous sujets à l’endormissement ? Que de questions pour lesquelles nous espérions des réponses positives.

wpe9.jpg (8674 octets)La route du vendredi en direction de Bordeaux s’est passée admirablement bien. Nous avons fait un joyeux pique-nique sur une aire d’autoroute. D’ailleurs vous pouvez voir des photos de ce moment privilégié. Nous partons entre copains sans encore nous poser de questions sur ce qui nous attend le lendemain. Au fait, vous imaginerez sans mal notre sujet de conversation durant le trajet, dans les trois voitures sans exception : « mais si voyons, réfléchissez ! » Oui le vélo, encore le vélo. Patrick qui est plutôt marathonien, mais qui a déjà fait du vélo, nous a confié le soir avoir envie de remonter sur un vélo. Sommes-nous une force de persuasion involontaire ?

Nous arrivons comme prévu le vendredi soir vers 17 heures à l’hôtel. Comme tous ceux des environs, il est pris d’assaut par des hordes de cyclistes.

Pendant que Christian récupère les clefs des chambres, Patrick et moi allons chercher les dossards et les plaques de cadres.

Pendant ce temps Denis est arrivé à l’hôtel avec un carton de bananes et avec un autre carton de belles cerises rouges. Quel délice, mais aussi le lendemain quelle bonne odeur dans la voiture. Pendant que l’on distribue les plaques de cadres arrivent nos amis Christophe Bocquet, Philippe Deplaix, Jean-Marc Lugaro, accompagné de Jean-Patrick Charraud.

Jean-Marc nous incite avec force à partir avec son groupe en formule cyclosportive. Très peu pour nous ! Jean-Marie lui répond que si jamais lui Jean-Marc, devait nous rejoindre dans la côte de Beynes, il lui ferait voir sa roue arrière et ne se laisserait pas dépasser.

Chacun va dans sa chambre pour préparer son vélo et nous décidons de nous retrouver vers 19 heures pour aller dîner. Quelqu’un nous a dit que le « Flunch » près de Carrefour est bien. D’accord pour le Flunch ! Mais nous hésitons, prenons-nous les véhicules ou bien y allons-nous à pied ? Il paraît que ce n’est pas loin. Dans le doute abstiens-toi dit le proverbe. Moralité, nous prenons les voitures. Heureusement, car il y a bien 7 kilomètres. Arrivé au restaurant, tout le monde se précipite sur les plats. Sauf Jean-Marie, Denis, Jean et moi qui cherchons désespérément les pâtes. Enfer, il n’y a pas de cette précieuse denrée. Damnation, que faire ? Nos compagnons ont déjà leurs plateaux garnis. Ils acceptent avec mansuétude que nous cherchions un autre restaurant et que nous ne dînions pas ensemble.

Nous voilà repartis. Nous cherchons et nous finissons par trouver un restaurant italien dans une petite cour. Le patron se veut humoriste, la serveuse est habillée d’une jupe noire maculée sur l’arrière d’empreintes de main farineuses. Elle nous désigne une arrière salle fort agréable ma fois. De plus le soleil était avec nous qui inondait cette pièce. Nous commandons des pâtes et du poulet, sauf Patrick qui avait libre choix en sa qualité de chauffeur.

Au cours de cette soirée nous avons devisé allègrement sur la façon de nous organiser pendant la course Bordeaux – Paris. Plan de bataille édifié à partir de cartes et du parcours remis par les organisateurs. Après avoir bien mangé, nous rentrâmes à l’hôtel. Les copains conducteurs nous attendaient pour avoir les numéros des téléphones portables. Ils souhaitaient connaître notre plan de route pour le lendemain. Sûrs de nous, nous leur précisons qu’il avaient qu’à deviser avec Patrick pour connaître la marche à suivre. En gros, nous avions décidé de nous arrêter tous les 100 Km pour nous restaurer, et que nous essayerons de rester ensemble jusqu’à Orléans la Source ensuite, ce sera le chacun pour soi.

Tous les cyclistes vont se coucher. Je retrouve mon ami Christian déjà couché et en train de lire devinez quoi ; «  Cyclo Passion », bien sûr !Nous étions au rez-de-chaussée, et il faisait chaud. Nous convenons d’ouvrir la fenêtre donnant sur le parking. Vers minuit, un bruit de camionnette se fit entendre sous notre fenêtre. Le bruit, puis ensuite l’odeur nauséabonde du diesel nous réveilla. On se rendormit après avoir refermé la fenêtre. 4 heures : le réveil sonne ! Il faut se préparer pour aller rejoindre la ligne de départ qui se trouve à plusieurs kilomètres de l’hôtel.

Pour Coco, tout va bien car il ne part que l’après midi avec les cyclosportifs. Mais peut-on dormir correctement quand une grande partie de l’hôtel se lève et part en même temps ?

Nous arrivons à la salle de départ. Nous décidons de nous restaurer. Ensuite nous faisons contrôler l’éclairage des vélos. 6 heures approche. Je rejoins Jean-Marie et Christian. Denis et Jean sont plus loin, à notre droite. Jean-Marie m’indique que l’on peut se faufiler plus en avant. D’accord ! on y va. Une voiture de l’organisation qui doit ouvrir la route arrive au même moment. Vite on se glisse derrière elle. Grâce à elle nous traversons les flots de vélos et nous nous retrouvons en première position. Enfin, le signal de départ est donné. Nous partons mais nous devons rester derrière les motos et les voitures. Denis et Jean nous retrouvent. Nous sommes contenus pendant plusieurs kilomètres. Enfin, la permission de rouler est donnée. Tout de suite grosse accélération. Une quarantaine de coureurs partent à toute vitesse ; Claude est parmi eux. Jean-Marie et moi restons dans le deuxième groupe. Christian nous rejoint. Notre groupe doit être composé de 150 à 200 coureurs. A 60 kilomètres du départ nous passons devant nos chauffeurs et nous leur crions que tout va bien. Ils nous dépassent un peu plus loin. Tiens ! la pluie fait son apparition. Pas une grosse pluie, mais des petites gouttes de temps en temps. Avec Jean-Marie nous restons bien au chaud vers la fin du paquet. Vers le 80ème kilomètre une petite descente avec quelques virages. La route est un peu humide. J’entends une chute derrière moi : un coureur glisse dans le virage. On attaque un petit dénivelé. Tout d’un coup, ma roue arrière se bloque, je pars en dérapage. Je me dis « Merde, j’ai cassé ma chaîne ou bien le dérailleur, c’est fini pour toi le Bordeaux – Paris ! ». Maintenant essaye de tomber sans trop te faire de mal. Je force le vélo à se mettre en travers, et je pars en glissade sur le côté gauche. Enfin j’arrête de glisser. Tout de suite je regarde si des vélos arrivent sur moi. Non, il y a une cassure entre les vélos et moi, certainement dûe à la chute dans la descente. Je me précipite sur le bas côté pour ne pas faire tomber d’autres cyclistes. Les coureurs passent à droite et à gauche du vélo. Je retourne vers mon vélo, pensant que tout est fini. Mais, c’est incroyable, ce qui a stoppé net ma roue, c’est mon coupe-vent, sorti de ma poche arrière et qui est pris dans le frein, le dérailleur et les pignons. Je m’engueule, je crie ma hargne, et avec rage je retire le coupe-vent. Ce faisant, je constate que la chaîne n’est pas cassée que la roue tourne correctement, que les vitesses passent bien. Génial, je peux repartir. Mon ami Christian arrive sur ces entrefaits. Jean-Marie avait entendu ma chute mais remarquant que je me relevais rapidement pensait que je reviendrai assez vite. Ne me voyant pas revenir, il a fait demi-tour. Il me voit retirer mon coupe-vent, il m’indique pourtant que celui-ci était bien rangé dans ma poche. Que s’est-il passé : un appel d’air ? je pense surtout au tissu de notre nouveau maillot qui est à mon avis plus lisse, moins « adhésif » que l’ancien.

Je vous recommande de faire attention quand vous mettez votre coupe-vent dans les poches arrières, il y a un risque. Pour ma part maintenant je le mets sous mon maillot, sur mon ventre.

Nous repartons : quelques kilomètres plus loin, je m’aperçois que l’attache rapide de ma roue avant est bizarre. Je m’arrête à nouveau. Heureusement car ma fourche n’était pas correctement engagée sur l’axe de roue. Je rectifie, nous repartons. Plusieurs kilomètres plus loin, notre ami Christian s’arrête. Nous ne comprenons pas pourquoi. Nous l’attendons. Il arrive et nous apprend qu’il lui est arrivé la même chose qu’à moi. Fort heureusement, il s’en est rendu compte tout de suite et a pu s’arrêter avant la chute.

Au 100ème kilomètre, nous nous arrêtons pour nous restaurer un peu et changer de bidon. Ma cuisse gauche me chauffe, je commence à avoir mal à la main. Dans la chute, j’ai protégé mon corps avec mon bras. J’ai un hématome et je ne peux plus serrer mon cintre avec la main gauche. Par chance, c’est le côté des changements de plateaux. Et quand je pose ma main à plat sur le guidon je ressens moins la douleur.

Denis et Jean nous dépassent. Ils ne s’arrêtent pas. Ils sont bien dans leur groupe, ils continuent.

Nous repartons, Christian ne se sent pas en forme, il a les jambes dures. Il nous indique que nous pouvons rouler, il se débrouillera tout seul.

Notre beau plan de bataille de la veille vole en éclat !

Nous arrivons au premier contrôle, à Ruelle, au kilomètre 140, à 10h40’. Rapidement nous faisons tamponner notre carte de route sans descendre de vélo. A partir de ce moment-là nous avons commencé un parcours de montagnes russes et de longs faux plats et ceci jusqu’au 530ème kilomètre (au total plus de 3000 mètres de dénivelé). Jean-Marie me dit : « je suis sûr que Denis et Jean ne sont pas loin ». Petite accélération et nous les rattrapons très peu de temps après. Ils nous indiquent qu’ils souhaitent s’arrêter pour se restaurer. Pour notre part, nous continuons. Un groupe de vélos est au loin. Nous les rattrapons. On roule avec eux, certains allument dans les bosses. Ceux-là même qui craqueront entre les 400 et 500ème kilomètres. Vers le 200ème kilomètres nous aimerions bien voir la voiture parce que nous commençons à avoir faim. Nous nous inquiétons : « pourquoi ne sont-ils pas là ? » Super, ils arrivent, nous allons pouvoir nous restaurer. André et Bernard nous expliquent que le retard est dû au fait qu’ils ont mis les affaires de Christian dans la voiture de Denis. Nous apprenons en même temps que Christian roule avec Denis et Jean. Il se sent mieux. Nous sommes heureux d’apprendre que notre ami a trouvé un meilleur rythme. Nous mangeons et nous repartons pour arriver assez vite au second contrôle, à Lisle-Jourdain au kilomètre 233. Nous pointons. Nous pouvons dire qu’à partir de ce moment, Jean-Marie et moi avons le plus souvent roulé tous les deux. Nous arrivons au troisième contrôle, à Chauvigny, au kilomètre 276. C’est une belle ville. Peu après Chauvigny, nous traversons une des plus beaux villages de France wpe6.jpg (8493 octets)«Angles-sur-l'Anglin ».

Nos chauffeurs nous attendent à sa sortie. Nous mangeons, nous nous nettoyons et nous nous pommadons les jambes.

Cela nous demande une bonne vingtaine de minutes. Nous repartons pour Martizay, point de contrôle 4 au kilomètre 321. Comme à notre habitude nous pointons - il est 18h00’ - et nous repartons tout de suite. A partir de ce moment je me dis que j’effectue une première comme pour mes compagnons, car nous avions fait, le 1er juin, dans le cadre de la préparation pour cette sortie, 330 Km. Pour Denis, Jean-Marie, Jean et moi c’était alors notre plus longue distance à vélo. Maintenant nous améliorions notre score.

Après Martizay, nous revenons sur un cycliste puis, quelques dizaines de kilomètres plus loin, sur un autre (qui appartenait au premier groupe). Nous roulons à un bon train et nous arrivons à Noyer, au kilomètres 395, à 20h20’. Là, nous décidons de dîner car Jean-Marie commence à avoir une grosse faim et puis on nous propose du poulet avec des pâtes pour 25 francs. Nous faisons bombance avec nos fidèles chauffeurs. Ensuite, nous nous préparons pour la nuit car nous commencions à avoir froid avant d’arriver à Noyer. Nous passons les jambières, les manchettes et le coupe vent. Nous pensons que c’est suffisant. Erreur ! Les températures vont être très basses, d’ailleurs le dimanche matin, Emile Glotin et sa femme nous ont dit que le thermomètre était descendu à 5 degrés.  Nous quittons Noyer et, à la sortie de la ville, des supportrices nous acclament en chantant à tue-tête « Ils sont les meilleurs, ils sont les meilleurs … » j’ai oublié la suite, mais sachez que cela fait plaisir à entendre. La nuit tombe très rapidement. Nous sentons le froid qui commence à nous pénétrer. Les premiers picotements apparaissent au bout de nos doigts. Nous n’avons pas pensé que les températures seraient si basses et qu’il fallait prévoir des vêtements et des gants d’hiver. Pour Jean-Marie ça va, moi je n’arrive pas à m’alimenter ni à boire. Nous roulons de nuit. Nous traversons des forêts et nous entendons des bruits d’animaux bizarres. A un moment j’entends un grand cri. Je m’inquiète et demande à Jean-Marie si tout va bien ? Il me répond que oui et me dit que c’est sa méthode pour ne pas s’endormir. La nuit notre attention est fixée soit sur un petit morceau de route qui se dessine dans nos phares ou bien sur la roue arrière de notre compagnon de route. Heureusement nous étions convenus avec nos chauffeurs qu’ils nous suivraient pour que nous bénéficions des phares de la voiture. Un cycliste nous rejoint. Il fait une tentative d’accélération. Nous restons dans sa roue. Moi je commence à en avoir marre. Orléans n’apparaît toujours pas. Je demande à Jean-Marie où nous en sommes. Il se renseigne auprès des chauffeurs. Il me dit qu’il reste 10 kilomètres avant le contrôle et me demande si je souhaite m’arrêter. Non pour 10 kilomètres on peut continuer. Enfin le ciel s’éclaircit des lumière de la ville. C’est Orléans enfin. Nous avons l’impression de faire des tours et des détours dans la ville pour parvenir finalement au centre des loisirs, notre point de contrôle à 0H 15’ au kilomètre 481. Nous rentrons dans une salle chaude et animée. On nous offre la possibilité de nous nourrir. Nous prenons nos plateaux et nous nous installons à une table. Nous commençons à discuter avec un autre coureur. Je commence à ne pas me sentir bien. Je dis à Jean-Marie qu’il faut que je sorte. J’ai juste le temps de sortir, de m’allonger sur le sol et c’est l’extinction des feux pendant quelques secondes. Je reviens à moi, des tas de personnes me demandent si ça va aller. André, Jean-Marie, Bernard m’indiquent qu’il y a des vestiaires, moins chauds. J’y vais. Je me change. André et Bernard me disent qu’il faut que je m’habille plus chaudement. J’ajoute des tee-shirts. Je commence à manger un peu. Jean-Marie pendant ce temps change les piles de ma lumière qui sont mortes. Nous apprenons que notre ami Claude a abandonné à cause de son genou qui le fait souffrir. Après une bonne heure d’arrêt nous repartons. Normalement nous en avons fini avec les bosses. Mais cela continue. Je demande à la voiture de s’arrêter. Je réalise que j’ai de l’Overstim.s 640 dans mes affaires. Pour me refaire une santé, il faut que je me prépare un bidon. Nous repartons. Enfin commence la Beauce, des longues lignes droites, plus de bosses. Nous doublons quelques groupes pour arriver à Autruy-sur-Juine au kilomètre 528. Il est 3h 45’. Le contrôle, comme la plupart d’entre eux, se trouve dans un bar. Nous décidons de prendre un café. Nous arrivons en terrain connu car Jean-Marie connaît les gens qui tiennent le bar. Arrivent quelques cyclistes dont un qui a chuté car il s’est endormi sur son vélo. Il ne s’est pas fait mal. Nous repartons pour la dernière étape : 110 km quand même ! Je me sens mieux, nous reprenons notre cadence. Nous rejoignons des cyclistes, que nous dépassons. Certains restent dans nos roues jusqu’au lever du jour. Ils nous remercient de les avoir tirés. Il y en a un qui avoue qu’il a envie de dormir. Nous arrivons à le convaincre de s’arrêter dans un village pour dormir un peu. Il obtempère. Nous sommes rassurés. Nous roulons sur des routes que nous connaissons bien. Nous passons à Ablis, la ville de Coco. D’ailleurs il m’a dit qu’il avait été heureux de passer par là car il avait pu prévenir sa femme pour qu’elle lui prenne son sac à dos : je vous le rappelle, Coco n’avait pas d‘assistance et était obligé de transporter tout ce qui lui fallait pour son périple. Nous partons vers Prunay-sous-Ablis, Orphin, Château Sauvage, Gazeran. Nous décidons de nous arrêter pour manger une dernière fois. Nous passons Saint-Léger, Montfort, Vicq. Soudain nous entendons des sirènes de motos, de voitures qui ouvrent la course. Je m’étonne auprès de Jean-Marie : Ce n’est pas possible ! les cyclosportifs ne peuvent pas déjà arriver. Pourtant si, ce remue ménage n’est pas pour nous ! Nous attaquons la côte de Beynes. Tout d’un coup Jean-Marie accélère. Je ne peux pas suivre, tellement il tourne les jambes. Ah  oui, bien sûr : il ne veut pas se faire doubler par Jean-Marc dans la côte. D’ailleurs après la montée il m’attend. Les motos suiveuses sont de plus en plus nombreuses. Nous sentons que les coureurs arrivent. A 100 mètres de l’arrivée, nous sommes obligés de nous arrêter. Huit hommes, tel des martiens arrivent à toute allure et sprintent pour la première place après 640 km de course. Ils auront mis 18h et 13 minutes. Le record précédent était de 19h 30’. Nous terminons notre parcours. Un peu déboussolé, je m’arrête avant la ligne car je ne vois pas où est le contrôle. Un cycliste me dit que c’est derrière la ligne, le dernier point de contrôle. Je termine, Jean-Marie est déjà arrivé. On pointe mon temps : 26H 29’. Pour Jean-Marie 26H 28’. Nous sommes heureux. Nous prenons un pot en attendant nos chauffeurs. Nous n’en revenons pas : nous l’avons fait ! Nous nous sentons sur une autre planète. Une grande joie nous habite, nous sommes sur un petit nuage. Le vélo peut procurer des souffrances, mais aussi de grandes joies. Et là c’est une joie immense qui nous envahit.

Nous chargeons les vélos dans la voiture, André met le contact, Bernard lui indique le chemin pour sortir des Clayes, Jean-Marie et moi-même nous sommes heureux d’avoir réussi, de nous être aussi bien entendus et nous n’arrêtons pas de dire « Nous l’avons fait ». En repartant par Montfort nous croisons Christian et Denis qui en finissent avec leur parcours …

Plus tard, nous apprendrons que Jean a abandonné du côté de Gazeran. Pour nous Jean, tu l’as fait ton Bordeaux-Paris.

Jean-Luc Bernard

Voici les résultats de l’ensemble des membres du CTR et des compagnons proches :

Je vous rappelle qu’il y avait 1605 inscrits pour 1412 arrivants.

 

Position

Nom

Temps
10 Philippe Deplaix 18H 58’
15 Christophe Bocquet 19H 05’
24 Jean-Marc Lugaro 19H 07’
107 André Ialenti (Coco) 22H 26’
303 Jean-Marie Masson 26H 28’
305 Jean-Luc Bernard 26H 29’
400 Denis Barthélémy 28H 32’
404 Christian Jolly 28H 33’