Voici
l’aventure de notre chasseur de point, celui qui brave toute les difficultés
afin de figurer dans les premiers du challenge CTR. Cela l’a amené en 2003 à
vivre une aventure pas banal. Par son attitude, il a démontré du courage, de la
ténacité, de la volonté qui sont pour moi les qualités premières d’un cycliste.
Jean, tu mérites d’être un de nos glorieux trophées d’OR CTRiens.
La dernière Place
Je suis venue la chercher à La Bourboule, en ce caniculaire 23 août 2003 pour … les besoins du challenge, évidemment. L’Auvergnate est une cyclo-sportive de 179.5 km avec 3000 m de dénivelée, un départ groupé à 8h00 et environ 450 participants qui, tous sauf moi, ont l’air plus affûtés les uns que les autres. Avec mon dossard au compte rond (300), je suis au milieu du groupe, mais je sais que je ne vais pas y rester longtemps.
La sélection va se faire très vite parce que ça monte dès le départ, d’abord doucement vers le Mont-Dore, puis plus raide vers le col de la Croix St Robert (1451 m). Au sommet du col, je ne vois plus personne dans mon rétroviseur (si, si, j’ai un rétroviseur sur mon vélo !). Dans la descente (c’est ma spécialité), je double un petit groupe avec deux filles. L’espoir renaît, hélas vite déçu car, au trentième km, elles vont bifurquer vers le circuit court de 117.7 km. J’ai un moment d’hésitation, mais je m’engage sur le circuit long. Je n’ai pas fait tout ce déplacement pour revenir piteusement bredouille !
En apercevant un ou deux malheureux de ma sorte, j’escalade péniblement la deuxième difficulté, le col de la Croix Morand (tous ces cols avec le mot « croix » portent bien leur nom). Descente vers le lac de Guéry (très beau paysage), puis après Rochefort Montagne, je demande à des bénévoles à un carrefour si je suis le dernier. Non, me disent-ils, il y en a encore un derrière toi avec la voiture balai. Vers le soixantième km, je le vois apparaître dans mon rétroviseur. Quand il me rattrape, je m’accroche à sa roue et nous roulons ensemble. Nous faisons connaissance. C’est un Champenois de mon âge (mais il a la particularité d’être né le 1er janvier) et il a déjà fait deux fois les 215 km de L’Ardéchoise, ce que je n’ai pas encore réussi une seule fois. Vais-je pouvoir le suivre ? Apparemment, oui, tout se passe bien, nous prenons régulièrement les relais et le moral remonte. Savoir que la voiture balai, là derrière, n’est pas pour soi seul, ça fait chaud au cœur.
Au 1er ravitaillement à Murol, km 91, j’aurais bien aimé m’attarder un peu et faire quelques étirements, mais il est déjà reparti. Vite, il ne faut pas le perdre. Le circuit est enfin plus facile et nous remontons lentement les gorges de la Courgoule. Malheureusement, mon compagnon d’infortune ne prend presque plus de relais. Lorsque se profile devant nous la très belle côte de Ste Anastasie longue de 4 à 5 km, je le vois à l’agonie derrière moi. Grâce à mon rétro, je peux régler ma vitesse sur la sienne et éviter de le distancer. Cela présente également l’avantage de m’éviter de me mettre dans le rouge. Hélas, à mi-côte, il n’en peut plus, met pied à terre et monte dans la voiture balai. Ce que je craignais le plus vient d’arriver, nous n’en sommes qu’au km 118 et je me retrouve tout seul avec la voiture balai dans le dos. Vais-je tenir ?
Au deuxième ravitaillement, à Besse en Chandesse, je prends bien mon temps pour faire mes étirements. Les suiveurs sont sympas : « il faut bien un dernier, que ce soit toi ou un autre. Alors, si tu as envie de continuer, vas-y ». Je repars donc vers Super Besse avec un belle côte que l’on voit de loin, je passe le col de la Geneste (1372 m) et j’arrive au dernier ravito à Chastreix (km 157). Ils sont tous super sympas et me prennent en photo. Je repars affronter les dernières difficultés, une succession de petites côtes et de descentes qui font très mal à mes jambes fatiguées. Enfin, j’arrive au col de la Sœur, accompagné de, excusez du peu, la voiture balai, un autocar de ramassage (je suis peut-être le dernier, mais il y a eu des abandons), une ambulance et trois motos de course (dont un gars du Perray qui encourage le valeureux Rambolitain). Alors, je vais prendre ma revanche et faire la descente, à fond comme si j’étais le premier et non le dernier. Voyant mes intentions, les motards m’ouvrent la route et obligent toutes les voitures à se garer sur les bas-côtés. C’est donc au sprint que je franchis la ligne d’arrivée, même si l’avant-dernier est arrivé depuis belle lurette.
Là, surprise, je suis fêté comme un héros, on m’offre un magnifique bouquet de fleurs et on me précipite vers le podium pour l’interview. Au « journaliste » qui me demande si je n’ai pas eu envie d’abandonner, je réponds que je ne pouvais pas le faire par égard à celui qui était devant moi et qui aurait dû subir alors à son tour la pression de la voiture balai. Puis j’ai enfin droit à un repas et à un repos bien mérité.
Quelques pensées qui vous trottinent par la tête lorsque vous pédalez seul avec une voiture balai dans vos fesses :
Je suis le cycliste des « Triplettes de Belleville », des bandits vont investir la voiture balai puis ils me kidnapperont et m’enverront trimer dans un sous-sol new-yorkais (pour ceux qui n’ont pas vu ce film dessin animé, allez-y).
Dire que je suis dernier et que je porte un maillot marqué « trophée d’or 2002 » !
Quel est le ….. (censuré par le Comité de lecture) qui a inscrit une cyclo-sportive pure et dure au challenge ? Et pourquoi les autres ne sont-ils pas venus et m’ont-ils laissé tout seul dans cette galère ?
Finalement, serais-je le seul cyclo-sportif du C.T.R. ?
Jean Cordonnier